mardi 2 décembre 2014

Mille et tre - Paul Verlaine


Je remercie très sincèrement Jack qui m'a envoyé les poèmes érotiques de Paul Verlaine.

Le recueil "HOMBRES" (Hommes), imprimé sous le manteau en 525 exemplaires et ne pouvant pas être mis dans le commerce, ne se vendait nulle part.

Tout le monde connait son aventure tumultueuse avec le jeune Arthur Rimbaud qui se termine par l'emprisonnement de Verlaine après qu'il ait tiré sur son amant.
On connait un peu moins sa  relation avec Lucien Létinois, son jeune élève du Collège Notre-Dame de Rethel. Celle-ci a pourtant duré deux fois plus longtemps. Elle s'est terminée par la mort de Lucien auquel il a dédié 25 poèmes placés à la fin du recueil "Amour".
Mais, le Prince des Poètes a connu beaucoup d'autres amants. Lisez plutôt ...


MILLE ET TRE


Mes deux Charles l'un jeune tigre aux yeux de chattes 
Sorte d'enfant de chœur grandissant en soudard, 
L'autre, fier gaillard, bel effronté que n'épate 
Que ma pente vertigineuse vers son dard.

Odilon, un gamin, mais monté comme un homme 
Ses pieds aiment les miens épris de ses orteils 
Mieux encore mais pas plus que de son reste en somme 
Adorable drûment, mais ses pieds sans pareils!

Caresseurs, satin frais, délicates phalanges 
Sous les plantes, autour des chevilles, et sur 
La cambrure veineuse et ces baisers étranges 
Si doux, de quatre pieds, ayant une âme, sûr!

Antoine, encor, proverbial quant à la queue, 
Lui, mon roi triomphal et mon suprême Dieu, 
Taraudant tout mon cœur de sa prunelle bleue 
Et tout mon cul de son épouvantable épieu.

Paul, un athlète blond aux pectoraux superbes 
Poitrine blanche, aux durs boutons sucés ainsi 
Que le bon bout; François, souple comme des gerbes 
Ses jambes de danseur, et beau, son chibre aussi!

Auguste qui se fait de jour en jour plus mâle 
(Il était bien joli quand ça nous arriva) 
Jules, un peu putain avec sa beauté pâle. 
Henri, me va en leurs conscrits qui, las! s'en va;

Et vous tous! à la file ou confondus en bande 
Ou seuls, vision si nette des jours passés, 
Passions du présent, futur qui croît et bande 
Chéris sans nombre qui n'êtes jamais assez!

1891.


Je vous souhaite de passer une bonne journée !

13 commentaires:

  1. Réponses
    1. Ca ne m'étonne pas, moi non plus je ne connaissais pas. Ce n'est pas au programme des poèmes qu'on étudie au lycée :)

      Bonne nuit.

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    2. ma in Spagna son già mille e tre!

      chante Leporello dans son catalogue en Don Giovanni de Mozart!!!

      As-tu remarqué l'expression étonné de la derniere image? son jus est-il trop bon????

      voilà mon dernier post:
      http://menforxersex.blogspot.it/2014/12/three-grace-les-trois-graces-2.html

      bonne journée!!!

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    3. Bonjour Xersex. Je n'avais pas fait le rapport avec les mille trois maîtresses de Don Juan, mais c'est bien ce que fait Paul Verlaine en donnant ce titre à ce poème où il évoque ses amants. Merci pour cette précision.

      Le mec de la dernière photo semble effectivement très étonné de ce qui lui arrive :)

      Bonne soirée - Bisous.

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  2. Superbe livre que je possède en réédition je m'en étais inspiré sur mon blog en insérant entre autres : Le Sonnet du trou du cul / par Verlaine et Rimbaud.

    Merci beau mâle d'avoir inséré ce superbe texte comme toujours les photos sont sensuelles

    Belle journée Dada - Bisous

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    1. Bonjour Melvin.

      J'ai en effet lu sur ton blog le sonnet du trou du cul du couple Verlaine-Rimbaud. C'est la raison pour laquelle je ne l'ai pas repris ici. Je ne sais pas si tu as remarqué que ce poème, tout comme le recueil "Hombres" est daté de 1891, l'année de la mort d'Arthur Rimbaud.

      Bonne journée, Papa - Bisous.

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  3. Bonjour l'ami!
    Paul Verlaine figure être l'un de mes poètes préférés!
    Peut-être parce que comme lui je suis Lorrain!
    Il m'est d'ailleurs arrivé de passer plus d'une fois à côté de sa maison natale à Metz!
    Tu as donc très bon goût de proposer l'un de ses merveilleux poèmes!

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    1. Ainsi tu es Lorrain !
      Par hasard, ne serais-tu pas l'un des trois capitaines que j'ai rencontrés lorsque je suis passé par là avec mes sabots ?

      Pour ce qui concerne Verlaine, il n'est Lorrain que par hasard, ses origines étant ardennaises par son père et flamande par sa mère ainsi qu'il le dit dans son poème paysage :

      Au pays de mon père on voit des bois sans nombre.
      Là des loups font parfois luire leurs yeux dans l'ombre
      Et la myrtille est noire au pied du chêne vert.
      Noire de profondeur, sur l'étang découvert,
      Sous la bise soufflant balsamiquement dure
      L'eau saute à petits flots, minéralement pure.
      Les villages de pierre ardoisière aux toits bleus
      Ont leur pacage et leur labourage autour d'eux.
      Du bétail non pareil s'y fait des chairs friandes
      Sauvagement un peu parmi les hautes viandes ;
      Et l'habitant, grâce à la Foi sauve, est heureux.

      Au pays de ma mère est un sol plantureux
      Où l'homme, doux et fort, vit prince de la plaine
      De patients travaux pour quelles moissons pleine,
      Avec, rares, des bouquets d'arbres et de l'eau.
      L'industrie a sali par places ce tableau
      De paix patriarcale et de campagne dense
      Et compromis jusqu'à des points cette abondance,
      Mais l'ensemble est resté, somme toute, très bien.
      Le peuple est froid et chaud, non sans un fond chrétien.

      Belle, très au dessus de toute la contrée,
      Se dresse éperdument la tour démesurée
      D'un gothique beffroi sur le ciel balancé
      Attestant les devoirs et les droits du passé,
      Et tout en haut de lui le grand lion de Flandre
      Hurle en cris d'or dans l'air moderne : " Osez les prendre !"

      Le pays de mon rêve est un site charmant
      Qui tient des deux aspects décrits précédemment :
      Quelque âpreté se mêle aux saveurs géorgiques.
      L'amour et le loisir même sont énergiques,
      Calmes, équilibrés sur l'ordre et le devoir.
      La vierge en général s'abstient du nonchaloir
      Dangereux aux vertus, et l'amant qui la presse
      A coutume avant tout d'éviter la paresse
      Où le vice puisa ses larmes en tout temps,
      Si bien qu'en mon pays tous les cœurs sont contents,
      Sont, ou plutôt étaient.
      Au coeur ou dans la tête,
      La tempête est venue. Est-ce bien la tempête ?

      En tous cas, il y eut de la grêle et du feu,
      Et la misère, et comme un abandon de Dieu.
      La mortalité fut sur les mères taries
      Des troupeaux rebutés par l'herbe des prairies
      Et les jeunes sont morts après avoir langui
      D'un sort qu'on croyait parti d'où, jeté par qui ?
      Dans les champs ravagés la terre diluée
      Comme une pire mer flotte en une buée.
      Des arbres détrempés les oiseaux sont partis,
      Laissant leurs nids et des squelettes de petits.
      D'amours de fiancés, d'union des ménages
      Il n'est plus question dans mes tristes parages.
      Mais la croix des clochers doucement toujours luit,
      Dans les cages plus d'une cloche encor bruit,
      Et, béni signal d'espérance et de refuge,
      L'arc-en-ciel apparaît comme après le déluge.

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  4. Oui oui je sais que le fait qu'il soit natif de Lorraine est un peu et même beaucoup une coïncidence de la vie, car il n'y vécu que peu de temps, mais j'ai tout de même un attachement pour ce poète que j'avais eu la chance d'étudier lors de mes études universitaires.

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  5. Le prince des poètes qui a terminé sa vie dans de bien tristes conditions, comme beaucoup d'autres après lui parmi les artistes que nous avons connus.

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  6. On apprend même à une heure avancée de la nuit! merci pour ce poème de Verlaine que je ne connaissais pas, et qui montre son talent à embellir toute chose. J'aime bien la photo artistique (que je suis bien incapable de faire) et je sus séduit par la N°1 d'un beau ténébreux, puissance et virilité retenue sans faire le gorille, avec une tête de poète qui médite (peut-être après l'effort?...)

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    1. Heureux de t'avoir appris quelque chose aujourd'hui :)
      Ces photos artistiques sont en effet très belles et tu excelles dans l'art de les interpréter.

      Bonne soirée - Bisous.

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